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Esthétiques numériques

Dépeindre l’existentialité : l’esthétique anarchique de Désordre de Philippe De Jonckheere

Corentin Lahouste
Translation(s):
Depicting existentiality: the anarchic aesthetic of Désordre by Philippe De Jonckheere

Abstract

Dire (le tout de) la vie, rendre compte de son tumultueux capharnaüm, tel est l’enjeu principal de Désordre, œuvre hypermédiatique créée, développée et alimentée par Philippe De Jonckheere depuis le tout début des années 2000. Il s’agit, par cet article, de mettre en lumière sept traits saillants de l’esthétique anarchique de Désordre, en tant qu’elle est au cœur de l’aspiration de De Jonckheere à dépeindre l’existentialité. Nous y voyons comment cette esthétique particulière s’appuie sur des dispositifs non seulement médiatiques, mais aussi posturaux, poétiques et symboliques spécifiques.

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Full text

  • 1  Éric Chevillard, L‘Autofictif. Journal 2007-2008, Talence, L’Arbre vengeur, 2008, p. 80.

À partir de quel stade ou moment du chaos, un désordre supplémentaire est-il commencement de l’ordre ?
Éric Chevillard1

  • 2  Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net [consulté le 3 avril 2 (...)

1Dire (le tout de) la vie, rendre compte de son tumultueux capharnaüm, tel est l’enjeu principal de Désordre2, site internet créé, développé et alimenté par Philippe De Jonckheere depuis le tout début des années 2000. Œuvre hypermédiatique à la structure étoilée, il se caractérise par l’hybridation sémiotique et la transartialité dans un cadre oscillant entre l’autobiographique et l’autofictionnel. Sorte de journal polyphonique en ligne, fortement marqué par l’activité photographique, il rejoue la pratique diaristique en convoquant, de par son ancrage numérique, textes, images et sons. Composé de très nombreux projets (souvent à contrainte), il est également marqué par un processus d’expansion progressive non téléologique. Il va s’agir ici de mettre spécifiquement en lumière l’esthétique anarchique de Désordre en tant qu’elle est au cœur de l’aspiration de De Jonckheere à dépeindre l’existentialité ; de voir comment cette esthétique s’appuie sur des dispositifs non seulement médiatiques, mais aussi posturaux, poétiques et symboliques spécifiques.

2Sept traits saillants peuvent être dégagés du projet Désordre. Nous les passerons en revue, en montrant en quoi il est possible de les rattacher à une esthétique anarchique. Cette interprétation est nourrie par la lecture de l’ouvrage d’André Rezsler sur L’Esthétique anarchiste (1973) et par celle de l’article de Christiane Vollaire consacré à « L’anarchie esthétique » (2005).

S’opposer au « grand homme », au « Grantécrivain », au maître

  • 3  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/photographie/pola (...)

3De Jonckheere se donne à voir en toute simplicité. Il se présente comme un homme « normal », qui affiche une vie assez traditionnelle, banale, en ce compris les contraintes du quotidien (embouteillages, vaisselle, séjour hospitalier3, pour ne citer que trois exemples). De Jonckheere a d’ailleurs un travail (informaticien) pour « faire bouillir la marmite », selon l’expression qu’il utilise à de très nombreuses reprises. On est donc loin d’un imaginaire de l’artiste fantasque, extraordinaire, exclusivement investi dans un travail de création. Par exemple, voici une entrée de son blog qui est loin de le mettre en avant de façon flatteuse ; il y évoque la phlébite infectieuse qui l’a touché :

Fig. 1

Fig. 1

Capture d’écran tirée d’une des pages de Désordre.

  • 4  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/textes/bibliotheq (...)

4De Jonckheere ne fait par ailleurs aucun secret de ses influences. À travers, notamment, sa « très petite bibliothèque4 », il met en scène et en jeu la littérature d’écrivains qui l’ont marqué (que ce soit Perec, Beckett, ou encore Cortázar). Il diffuse ainsi sur Désordre des extraits de texte d’auteurs qu’il apprécie, voire admire. En dupliquant virtuellement sa bibliothèque physique, il compose sa propre anthologie littéraire.

  • 5  André Reszler, L’Esthétique anarchiste, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1973, p. 42 (...)
  • 6  Voir Qui ça ? : J-91 et J-25. [En ligne] http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/index.htm [consu (...)

5Dans la construction de son site, il est aidé par un développeur qu’il considère comme coauteur de l’œuvre : Julien Kirch. Sans ce dernier, Désordre n’aurait pas pu trouver la forme souhaitée par De Jonckheere. Sur une des pages du site, on peut d’ailleurs retrouver une sorte de vade-mecum de leur travail conjoint. Le principe de coopération, de collaboration est donc au cœur de l’entreprise de De Jonckheere et vient désacraliser la figure de l’auteur solitaire. Cet aspect renvoie à l’idée anarchiste selon laquelle l’« œuvre d’art de l’avenir sera un produit coopératif5 ». De Jonckheere évoque aussi cette perspective coopérative en ce qui concerne la mise sur pied de son premier roman, Une fuite en Égypte, sorti en mars 20176. Il n’est jamais tout à fait seul lorsqu’il s’engage dans une création.

  • 7  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/invites/thomas_d (...)
  • 8  Voir Christèle Couleau et Pascale Hellégouarc’h (dir.), Les Blogs. Écritures d’un nouveau genre?, (...)
  • 9  Serge Bouchardon, « Chapitre III. Les œuvres de littérature numérique », Un laboratoire de littéra (...)

6Désordre est également le lieu d’accueil et d’exposition d’œuvres ou de projets dont De Jonckheere n’est pas le créateur. Le site se veut lieu de rencontre, entre l’univers déployé par De Jonckheere et le travail d’autres artistes, présentés comme des « invités ». C’est de cette manière qu’une des plus belles pages de Désordre, selon De Jonckheere, n’est pas de sa main ni de son initiative, mais de celles de Thomas Deschamps : elle s’intitule Trois girafes et deux limaces7. Enfin, une place importante est laissée au lecteur-visiteur-arpenteur du site. Bien que ce dernier ne puisse pas laisser de commentaires sous les éléments postés par De Jonckheere au fil du temps8, il peut y prendre part activement par l’investissement des hyperliens, ou encore par les différents jeux (memory) disséminés sur le site qui représente, plus que jamais, le concept d’œuvre ouverte tel que développé par Umberto Eco. La lecture y est donc dynamisée, elle devient « lect-acture9 », pour reprendre le terme de Serge Bouchardon.

Rendre compte d’un « art en situation »

  • 10  André Reszler, L’Esthétique anarchiste, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1973, p. 6. (...)
  • 11  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/blog/ [consulté (...)
  • 12 Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/labyrinthe/garage (...)
  • 13  Spyrodon Simotas, « Désordre de Philippe de Jonckheere, fracas visuel dans l’espace-mémoire », Col (...)
  • 14  Serge Bouchardon, « Chapitre III. Les œuvres de littérature numérique », Un laboratoire de littéra (...)

7Le deuxième trait caractéristique de l’œuvre est relatif à un art marqué par la spontanéité, avec comme idée sous-jacente que « l’acte créateur importe plus que l’œuvre elle-même10 ». Désordre témoigne de cet aspect par l’investissement du diaristique et plus particulièrement par Le bloc-note du Désordre11, section du site qui prend la forme d’un blog et qui donne à voir les coulisses (les coutures) de la création, racontant quasi jour le jour des épisodes de la vie de De Jonckheere. Le fait que l’auteur donne accès à l’arrière-plateau de son site (son arborescence, par exemple), le fait qu’il déjoue ainsi la dissimulation habituelle réservée à ce qu’il y a « derrière » un site internet (des lignes de codes, notamment), participe de cet art en situation. Le dispositif numérique et technique se trouve mis en lumière, rapelant le « garage12 », endroit où l’on bricole et qui est de nombreuses fois évoqué par De Jonckheere comme « lieu archétypal de l’œuvre13 ». « À travers cette exhibition du dispositif, cette réflexivité générale du geste de création, ainsi que la monstration des outils de fabrication » se joue, comme le souligne Serge Bouchardon, « une tendance importante de [la] littérature numérique [dont fait partie Désordre], sans cesse en train de réfléchir au geste qui la porte, aux outils dont elle se dote, et dont la prégnance et la matérialité rejaillissent directement sur l’activité de lecture »14. C’est, en outre, en tant que perpétuel work in progress que Désordre est davantage inscrit dans une logique du processus plutôt que dans celle de l’œuvre finie, accomplie : le parcours importe plus qu’un éventuel point d’arrivée.

Valoriser le mouvement, le changement

  • 15  André Reszler, L’Esthétique anarchiste, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1973, p. 6. (...)

8L’art anarchique doit ouvrir, selon une formule de Rezsler, à « l’éternité des métamorphoses15 ». La page d’accueil du site Désordre constitue l’exemple prototypique de ce principe.

Fig. 2

Fig. 2

Capture d’écran tirée d’une des pages de Désordre.

9Elle offre en effet au regard un ensemble d’images disparates, une constellation de photographies, qui constituent autant de portes ouvertes sur des mondes que sont les différents projets menés par De Jonckheere depuis plus de 15 ans, et cela en s’affranchissant des contraintes du sens et de l’unité. On pense spontanément à un tiroir rempli de souvenirs qui aurait été retourné. Mais surtout, d’une navigation à l’autre, la page d’accueil n’est jamais la même : les images s’y disposent différemment à chaque nouvelle actualisation.

  • 16  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/photographie/nume (...)

La page d’accueil du Désordre étant ce qu’elle est également, extrêmement résistante au calcul de probabilités, et qui envoie vers autant de pages qui sont faites de cette façon désormais curieuse et non fixe, autant vous dire que dorénavant plus personne ne voit la même chose sur le site du Désordre. […] Sans compter qu’aussi nombreux que vous soyez à regarder cette page, et même plusieurs propositions de cette page, il est peu probable que deux visiteurs voient, ne serait-ce qu’une seule fois, la même combinaison. CQFD : cette page n’est pas partageable sur les réseaux asociaux, vous ne pourrez pas dire, tiens regarde-ça !, « ça » n’existe que par très faible intermittence. Et vous n’imaginez même pas à quel point cette pensée m’est agréable16.

10Désordre est une œuvre du mouvement, une œuvre en mouvement, marquée par une esthétique du flux continu et de la reconfiguration perpétuelle. Une fluence permanente et multidirectionnelle, calquée sur celle du réel, suivant le principe d’un perpetuum mobile – propre à l’existence humaine –, où rien n’est jamais fixé.

  • 17  Henri Michaux, Passages [1950], Paris, Gallimard, 1963, p. 80.
  • 18  Philippe De Jonckheere, « À l’aide ! », Désordre, décembre 2006. [En ligne] https://www.desordre.n (...)

11De Jonckheere ouvre « au fluide des choses17 », comme le dirait Henri Michaux. Aussi, tout parcours de lecture (arpentage, exploration) de/dans Désordre est inédit. Il est impossible de réaliser deux fois le même cheminement à travers les différentes pages de ce site engagé dans un perpétuel métamorphisme, et au sein duquel il s’agit d’accepter une certaine déprise. De Jonckheere signifie explicitement qu’il souhaite que le visiteur de son site s’y perde : « Le but de ce site n’est pas que vous puissiez vous orienter fiablement, son nom est en soi une indication vraie. Aussi des surprises et des incohérences vous attendent18. » Une bonne partie du sens de l’œuvre s’établit à partir de son dispositif de dérive : c’est ce processus qui agit et qui est porteur de la sémantisation de l’œuvre. L’anomie y est construite, voulue.

  • 19  Voir Étienne Candel, « Penser la forme des blogs, entre générique et génétique », in Christèle Cou (...)
  • 20  André Reszler, L’Esthétique anarchiste, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1973, p. 90 (...)

12La forme éditoriale de Désordre va, comme son nom l’indique, à l’inverse de l’impératif de simplicité, de stabilité et de manipulabilité qui est généralement le propre d’un blog19. Accroissant les possibilités de n’importe quelle page imprimée – même la plus inventive –, le numérique/l’écran, tel qu’investi par De Jonckheere, permet de donner à voir et à ressentir un mouvement manifeste et effectif, de même que la mise en place d’un principe aléatoire total. Désordre met donc strictement à exécution l’impératif identifié par Rezsler, selon lequel « l’œuvre [anarchique] [doit] se prête[r] à un nombre infini d’exécutions20 ».

Mettre à mal l’imposé, le conventionnel, les catégories

  • 21  René Audet et Simon Brousseau, « Pour une poétique de la diffraction de l’œuvre littéraire numériq (...)

13Désordre déjoue les formes traditionnelles, de même qu’un principe d’uniformisation. Le site est tout entier tourné vers une logique du déformatage et de la reconfiguration perpétuelle ; il s’engage invariablement dans la déstabilisation et la transgression. De Jonckheere, avec ses projets, dépasse tout autant un contexte strictement photographique, que strictement littéraire. Son œuvre se présente, à l’image de l’existence humaine, comme un patchwork de mille et un éléments rassemblés et mêlés entre eux. On est confronté à une textualité (une texture) fondamentalement hybride, le site déployant une forme et une structure hétérogènes, mixtes, fragmentées, ouvertes, qui échappent toujours et qui paraissent intotalisables, inépuisables. René Audet et Simon Brousseau, dans un article qui évoque la poétique de la diffraction de l’œuvre littéraire numérique, décrivent au sujet de Désordre « une expérience de navigation sans cesse plus déroutante, complexe21 ».

14En effet, il est une œuvre labyrinthique mue par une dynamique centrifuge – d’éclatement, d’échappée, de dispersion par rapport à un centralisme – ; en d’autres mots, il est mû par une logique de la périphérie. Désordre témoigne en ce sens d’un principe d’organisation à la fois rhizomique et archipélagique, qui valorise la mouvance contre le statisme, la multiplicité et l’hétérogénéité contre l’unitaire et l’uniforme. La photographie d’une pomme de terre ayant germée, que l’on retrouve sur le site, pourrait en constituer l’image prototypique.

Fig. 3

Fig. 3

Capture d’écran tirée d’une des pages de Désordre.

15Notons par ailleurs que cet aspect de l’œuvre contient en germe une portée critique et politique face à la logique de marché qui prédomine, uniformisante, cadrante et convenue, qui prédomine dans la société contemporaine. Désordre la déconstruit, l’esquinte.

  • 22  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/bloc/ursula/2017 (...)
  • 23  Philippe De Jonckheere (s.d.). « Commencement à toutes fins utiles », Désordre. [En ligne] https:/ (...)

16Désordre est un lieu d’expérimentations. Le projet « Ursula », par exemple, un des derniers en date, en est un bel exemple22. Le site est animé par l’idée de sans cesse tenter, de faire surgir du neuf, de s’engager vers l’inconnu. Il s’agit d’« arpenter sans but [sa] garrigue personnelle sans jamais tâcher de s’orienter, et surtout sans souci du retour23 », comme le formule De Jonckheere dans un texte en hommage à Samuel Beckett. C’est alors le concept d’informe – que la photographie de la pomme de terre évoquée ci-avant illustre bien – qu’il nous semble pertinent de convoquer. On peut en effet parler de plasticité et de malléabilité des contenus présents et peu à peu accumulés sur le site, étant donné qu’une même image peut être utilisée dans le cadre de différents projets ; de même que certains projets sont inscrits dans un processus évolutif. La matière du site est en ce sens sans cesse réorganisée, ouvrant des parcours de lecture toujours nouveaux. En tant que lecteur-explorateur, on est à la fois confronté à un polymorphisme et à un principe d’indétermination persistant.

Refuser toute hiérarchie esthétique

  • 24  Béatrice Bonhomme, Idoli Castroe et Évelyne Lloze, Dire le réel aujourd’hui en poésie, Paris, Herm (...)
  • 25  Évelyne Lloze, « La poésie à l’épreuve du dire. L’expérience ordinaire : Antoine Emaz & Valéri (...)
  • 26  René Audet, « Écrire numérique : du texte littéraire entendu comme processus », Itinéraires. « Tex (...)

17Le cinquième trait renvoie à cette idée anarchique – déjà investie par les dadaïstes au début du xxe siècle, puis par Fluxus– selon laquelle tout peut faire œuvre. Comme le formule Béatrice Bonhomme, « [i]l n’y a pas de hiérarchie parmi les choses du réel, c’est plutôt une question de poids d’existence, de poids de présence24 ». Désordre se présente en ce sens comme un bric-à-brac qui amasse, mélange, hybride, réalisant un décloisonnement des pratiques artistiques. Le site constitue un espace sédimenté, composé de matériaux divers et multiples, amoncelés et réarrangés dans un mélange parfois confusionnel. L’œuvre est similaire en ce point à celle de la poétesse Valérie Rouzeau qui « accumule pêle-mêle le tout venant du vivre, jouant à brouiller pistes et frontières25 ». Comme l’a noté René Audet, Désordre est un « nœud de ressources diverses, de nature médiatique variable ; la photo, la vidéo, les extraits sonores entrent en dialogue avec le texte, sur la base d’une intratextualité justifiant les réseaux de liens tissés autour de l’œuvre26 ».

18Le principe aléatoire qui se trouve au cœur de l’œuvre participe de la perspective horizontale, propre à l’œuvre anarchique. Est en effet octroyé(e) une place, un espace d’exposition, égal(e) à chaque contenu du site. Ainsi que le revendique De Jonckheere, depuis la page d’accueil, le lecteur-arpenteur peut avoir accès à l’intégralité des projets qui y sont disséminés. Désordre est de ce point de vue comparable à une constellation – image d’ailleurs reprise par De Jonckheere lui-même, mu par un principe de liberté radicale, où il s’agit de toujours emprunter de nouvelles pistes, de nouveaux tracés, dont il est possible (voire souhaitable) de se détourner pour éventuellement y revenir par la suite.

  • 27  René Audet,  « Écrire numérique : du texte littéraire entendu comme processus », Itinéraires. « Te (...)
  • 28  Michael Sheringham, Traversées du quotidien. Des surréalistes aux postmodernes, Paris, Presses Uni (...)

19L’œuvre est façonnée par une logique de la déliaison, du discontinu. Dans cette perspective, René Audet assure que « la continuité [y] est déroutée par la multiplication des fenêtres et des pages-écrans, autant que par les contraintes des plateformes27 ». Cette caractéristique poétique peut, au niveau de la réception de l’œuvre, renvoyer à l’expérience ontologique de l’existence humaine constituée de multiples strates. Comme a pu le souligner Michael Sheringham, « l’expérience de l’espace est de l’ordre du discontinu : nous nous déplaçons sans cesse entre différents types d’espaces, séparés par [ce que Perec nomme] “des fissures, des hiatus, des points de friction28” ». Concernant le temps, on peut convoquer la pensée de Jean-François Hamel, qui a notamment mis en avant que le régime d’historicité propre à notre modernité était spectral, qu’il agissait par résurgences et qu’ainsi passé-présent-futur ne constituaient aucunement un continuum lisse et régulier. L’instabilité ouverte par la conscience moderne est celle d’un univers fracturé ; ce dont rend prodigieusement compte Désordre.

Promouvoir le réel « dans sa physicalité la plus immédiate et la plus nue29 »

  • 29  Christiane Vollaire, « L’anarchie esthétique », Lignes, n° 16, 2005/1, p. 167.
  • 30  Voir Corentin Lahouste, « Les sens du quotidien, l’essence du quotidien. Désordre de Philippe de J (...)

20Exemplaire à cet égard apparaît le travail de De Jonckheere, notamment en tant qu’il peut être saisi comme une œuvre du quotidien30. Les différents projets qu’il a menés ne cessent de traiter de l’infra-ordinaire. Les titres de certains d’entre eux le soulignent particulièrement : « Le quotidien », « Le petit journal », ou encore « Février ». Y est exalté le pas-grand-chose, le presque-rien, de même qu’y est mis en lumière le caractère composite, bigarré de la vie, ainsi qu’en témoigne son projet « La vie (comme elle va) » qui se présente sous la forme de photographies disparates superposées, venant dresser un chemin existentiel autre qu’agendaire : une constellation sensible, qui affiche un paysage émotionnel et mémoriel filandreux.

  • 31  Pierre Macherey, Petits Riens. Ornières et dérives du quotidien, Lormont, Le bord de l’eau, 2009, (...)
  • 32  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.), Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/bloc/pourquoi.htm (...)
  • 33  Le lien à Perec est explicite chez De Jonckheere, qui reprend notamment le principe de la contrain (...)

21Dans Désordre, œuvre des « mille “petits riens” dont la succession aléatoire fait la vie de tous les jours31 », l’attention est portée au détail, à ce qui relève de l’anecdotique, de l’inaperçu. Elle est marquée par « un enjeu du minuscule32 » et s’inscrit dans la continuité de Georges Perec, dont De Jonckheere reconnaît explicitement l’héritage33. Désordre explore la vie courante, et se situe en-deçà de l’extraordinaire et du spectaculaire.

  • 34  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/bloc/pourquoi.htm (...)

[…] c’est le frêle espoir, non de retenir un peu de ce qui s’écoule, projet fantasque, mais de maintenir en pleine lumière, ce qui justement reste et demeure dans l’ombre, une ombre qui s’épaissit à mesure que s’entasse sur eux de nouveaux événements pareillement minuscules et aussi peu aptes à émerger de la masse indifférenciée du temps qui englue ce que justement on oublie34.

  • 35  Il n’est pas anodin que la photographe fasse partie des « invités » du site.

22Cette perspective a pour but de relancer une dynamique sensorielle, comme peuvent en témoigner plusieurs montages photographiques fabriqués par De Jonckheere, qui s’inscrivent par ailleurs dans la lignée des réalisations de Barbara Crane35 dont il a été l’élève.

Fig. 6 et 7

Fig. 6 et 7

Captures d’écran du projet Les rigaudières – mai 2004.

  • 36  Guillaume Le Blanc, Les Maladies de l’homme normal, Paris, Passant ordinaire, 2004, p. 211.
  • 37  Michael Sheringham, Traversées du quotidien. Des surréalistes aux postmodernes, Paris, Presses Uni (...)
  • 38  Michael Sheringham, Traversées du quotidien. Des surréalistes aux postmodernes, Paris, Presses Uni (...)
  • 39  Georg Lukács, L’Âme et les Formes [1911], trad. Guy Haarscher, Paris, Gallimard, 1974, p. 247. (...)
  • 40  Gilles Clément, « L’esthétique du “tas de bois” ou traité succinct de l’art involontaire », in Gil (...)

23Désordre apparaît ainsi comme l’espace d’un approfondissement du réel qui donne lieu à ce que Guillaume Le Blanc nomme une « réalité réinventée par des pratiques de l’ordinaire qui sont autant de contamination du réel par le possible36 ». Le quotidien est investi en tant que « champ éternellement ouvert à la différence37 », en tant que lieu exempt de hiérarchie, comme un « présent animé par l’expérience vécue mais réfractaire à toute classification38 », pour reprendre les mots employés par Michael Sheringham dans son ouvrage Traversées du quotidien. Désordre s’engage dans « l’anarchie d[e son] clair-obscur », pour citer une formule de Lukács39. Par ses différents projets, De Jonckheere stimule l’expérience de proximité, où il s’agit de détecter « les frémissements du sublime » dont parle Herman Parret. Il fait ainsi jaillir ce que Gilles Clément a nommé « l’art involontaire », qui « flotte à la surface des choses » ; cet art sans auteur qui provient du « résultat heureux d’une combinaison imprévue de situations ou d’objets organisés entre eux selon des règles d’harmonie dictées par le hasard »40.

Fig. 8

Fig. 8

Capture d’écran tirée d’une des pages de Désordre.

  • 41  Claude Burgelin, Georges Perec, Paris, Seuil, 1988, p. 37.
  • 42  Pierre Macherey, Petits Riens. Ornières et dérives du quotidien, Lormont, Le bord de l’eau, 2009, (...)

24Dans la lignée du projet perecquien, De Jonckheere vise ainsi à « [a]pprivoiser la banalité journalière pour en faire, par la grâce du jeu, le matériau d’une poésie du prosaïque41 » ; il vise à raviver les résonances affectives qui peuvent s’établir entre un sujet et son monde environnant. De Jonckheere part du réel, mais, à travers différents dispositifs médiatiques (par exemple le quadrillage de mini-photos sur l’écran, qui transforme les photos de paysages en mosaïque abstraite), il en propose un traitement esthétisant. En effet, le site se fait espace particulier de configuration des sensations, en ayant recours à des matériaux de natures médiatiques très diverses. Il fait ainsi ressurgir, de manière quasi brute et immédiate, la dimension sensible, sensorielle et éminemment affective de l’expérience du quotidien. Il refait du quotidien une expérience, un espace expérientiel – un lieu affectualisé. L’artiste touche-à-tout s’engage ainsi dans une « reprise en charge subjective » de la vie quotidienne, ce qui vient situer cette dernière « sur le plan du vécu, et du vécu le plus personnel42 », pour reprendre les termes de Pierre Macherey : il s’agit de réhabiliter le quotidien comme lieu du sensible, et de l’éprouver.

Abolir la distinction entre art et vie

  • 43   Voir Samuel Archibald, Le Texte et la technique. La lecture à l’heure des médias numériques, Mont (...)

25Désordre est donc une œuvre dont le cadre se dissout, est dissous – où le concept même de cadre est rendu inopérant : on ne sait pas vraiment jusqu’où va l’œuvre puisqu’elle renvoie vers d’autres sites, vers d’autres projets et travaux artistiques, et, en tout premier lieu, vers la vie même de Philippe De Jonckheere. Par ailleurs, s’inscrivant dans une logique de l’hyperlien, elle est sans cesse projection vers l’en-dehors ; elle entraîne perpétuellement le lecteur vers un ailleurs. Cet aspect de non-clôture de l’œuvre renvoie à ce que Samuel Archibald a appelé le troisième moment de la doxa hypertextuelle43.

  • 44  Pierre Macherey, Petits Riens. Ornières et dérives du quotidien, Lormont, Le bord de l’eau, 2009, (...)
  • 45  Philippe De Jonckheere (s.d.), « Commencement à toutes fins utiles », Désordre. [En ligne] https:/ (...)

26Mais c’est également en tant qu’œuvre du quotidien que Désordre abolit la distinction entre art et vie, ultime trait que l’on peut rapporter à l’esthétique anarchique que l’œuvre déploie. C’est au demeurant par ce principe qu’elle se singularise de la plupart des autres œuvres hypermédiatiques. On peut d’ailleurs parler au sujet du site d’une œuvre-vie qui, s’engageant dans la profusion du quotidien, dans sa multiplicité, se veut un « lieu ouvert d’éclosion des possibles44 », une « ouverture vers les étendues infinies45 », selon une formule employée par De Jonckheere lui-même.

  • 46  Jean-Luc Nancy, L’Expérience de la liberté, Paris, Galilée, 1988, p. 16 sq.

27En somme, Désordre ouvre à de nouvelles modalités d’existence, essentiellement pathiques et esthésiques, à partir de la reconfiguration esthétique anarchique de l’existence humaine qu’il opère et propose. La liberté artistique qui est celle de Désordre – par son déformatage, ses hybridations et ses expérimentations – peut renvoyer à « la libre dissémination de l’existence » dont parle Jean-Luc Nancy, qui ajoute qu’elle n’est pas « la diffraction d’un principe, ni l’effet multiple d’une cause, mais […] l’an-archie […] d’un surgissement singulier, et donc par essence pluriel »46. Désordre remet ainsi de la liberté dans l’art, tout autant que dans le rapport à l’existence – l’art et l’existence y sont conçus comme devant être fondamentalement libres, ou plutôt libérés. L’esthétique anarchique constitue le principe poétique mais également ontologique qui permet de saisir au mieux la cohérence globale de l’œuvre de De Jonckheere, œuvre qui ne cesse en effet de mettre en lumière deux valeurs phares du mouvement libertaire : l’affranchissement et la réinvention, remises en mouvement perpétuelles.

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Bibliography

Archibald Samuel, Le Texte et la technique. La lecture à l’heure des médias numériques, Montréal, Le Quartanier, 2009.

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Vollaire Christiane, « L’anarchie esthétique », Lignes, n° 16, 2005/1, p. 160-169.

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Notes

1  Éric Chevillard, L‘Autofictif. Journal 2007-2008, Talence, L’Arbre vengeur, 2008, p. 80.

2  Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net [consulté le 3 avril 2018].

3  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/photographie/polaroid/l5-s1/l5-s1.html [consulté le 24 avril 2018].

4  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/textes/bibliotheque/ [consulté le 24 avril 2018].

5  André Reszler, L’Esthétique anarchiste, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1973, p. 42.

6  Voir Qui ça ? : J-91 et J-25. [En ligne] http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/index.htm [consulté le 24 avril 2018].

7  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/invites/thomas_deschamps/girafesetlimaces.htm [consulté le 24 avril 2018].

8  Voir Christèle Couleau et Pascale Hellégouarc’h (dir.), Les Blogs. Écritures d’un nouveau genre?, Paris, L’Harmattan, « Itinéraires. Littérature, textes, cultures », 2010, p. 183.

9  Serge Bouchardon, « Chapitre III. Les œuvres de littérature numérique », Un laboratoire de littératures. Littérature numérique et Internet, Paris, Bibliothèque publique d’information, 2007, p. 2. [En ligne] http://books.openedition.org/bibpompidou/232 [consulté le 3 avril 2018].

10  André Reszler, L’Esthétique anarchiste, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1973, p. 6.

11  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/blog/ [consulté le 24 avril 2018].

12 Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/labyrinthe/garage/photos/vignettes/index.htm et http://www.desordre.net/labyrinthe/divers/desordre_pas_accueillant.html [consultés le 24 avril 2018].

13  Spyrodon Simotas, « Désordre de Philippe de Jonckheere, fracas visuel dans l’espace-mémoire », Colloque international des études françaises et francophones des xxe et xxie siècles – Le sens et les sens, Bloomington, 2017.

14  Serge Bouchardon, « Chapitre III. Les œuvres de littérature numérique », Un laboratoire de littératures. Littérature numérique et Internet, Paris, Bibliothèque publique d’information, 2007, p. 33. [En ligne] http://books.openedition.org/bibpompidou/232 [consulté le 3 avril 2018].

15  André Reszler, L’Esthétique anarchiste, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1973, p. 6.

16  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/photographie/numerique/quotidien/titre.htm [consulté le 24 avril 2018].

17  Henri Michaux, Passages [1950], Paris, Gallimard, 1963, p. 80.

18  Philippe De Jonckheere, « À l’aide ! », Désordre, décembre 2006. [En ligne] https://www.desordre.net/accessoires/questions/aide.htm [consulté le 15 avril 2017].

19  Voir Étienne Candel, « Penser la forme des blogs, entre générique et génétique », in Christèle Couleau et Pascale Hellégouarc’h (dir.), Les Blogs. Écritures d’un nouveau genre ?, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 26.

20  André Reszler, L’Esthétique anarchiste, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 1973, p. 90.

21  René Audet et Simon Brousseau, « Pour une poétique de la diffraction de l’œuvre littéraire numérique. L’archive, le texte et l’œuvre à l’estompe », Protée, vol. 39, n° 1, printemps 2011, p. 17.

22  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/textes/083.htm [consulté le 24 avril 2018].

23  Philippe De Jonckheere (s.d.). « Commencement à toutes fins utiles », Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/textes/bibliotheque/auteurs/beckett/beckett.pdf [consulté le 3 avril 2018].

24  Béatrice Bonhomme, Idoli Castroe et Évelyne Lloze, Dire le réel aujourd’hui en poésie, Paris, Hermann, 2016, p. 434.

25  Évelyne Lloze, « La poésie à l’épreuve du dire. L’expérience ordinaire : Antoine Emaz & Valérie Rouzeau », in Béatrice Bonhomme, Idoli Castroe et Évelyne Lloze (dir.), Dire le réel aujourd’hui en poésie, Paris, Hermann, 2016, p. 477.

26  René Audet, « Écrire numérique : du texte littéraire entendu comme processus », Itinéraires. « Textualités numériques », 2015, p. 6. [En ligne] https://www.rechercheisidore.fr/search/resource/?uri=10670/1.1q74rt [consulté le 3 avril 2018].

27  René Audet,  « Écrire numérique : du texte littéraire entendu comme processus », Itinéraires. « Textualités numériques », 2015, p. 6. [En ligne] https://www.rechercheisidore.fr/search/resource/?uri=10670/1.1q74rt [consulté le 3 avril 2018].

28  Michael Sheringham, Traversées du quotidien. Des surréalistes aux postmodernes, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 2013, p. 63.

29  Christiane Vollaire, « L’anarchie esthétique », Lignes, n° 16, 2005/1, p. 167.

30  Voir Corentin Lahouste, « Les sens du quotidien, l’essence du quotidien. Désordre de Philippe de Jonckheere », in Contemporary French & Francophone Studies : Sites, à paraître en 2018.

31  Pierre Macherey, Petits Riens. Ornières et dérives du quotidien, Lormont, Le bord de l’eau, 2009, p. 235.

32  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.), Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/bloc/pourquoi.html [consulté le 24 avril 2018].

33  Le lien à Perec est explicite chez De Jonckheere, qui reprend notamment le principe de la contrainte pour nombre de ses projets. L’auteur de La Vie mode d’emploi fait partie des quelques écrivains qui constituent ce qui semble être le panthéon littéraire (http://www.desordre.net/textes/bibliotheque/auteurs/) de De Jonckheere, et plusieurs de ses projets se présentent comme des hommages à des textes de Perec. Par exemple, « Je me souviens de Je me souviens de Georges Perec » http://www.desordre.net/textes/bibliotheque/auteurs/perec/je_me_souviens.html ou « Tentative d'épuisement de Tentative d'épuisement d'un lieu parisien de Georges Perec » http://www.desordre.net/textes/bibliotheque/auteurs/perec/saint-sulpice.html [consulté le 22 novembre 2018). L’œuvre perecquienne constitue ainsi un intertexte majeur de Désordre.

34  Voir Philippe De Jonckheere (s.d.). Désordre. [En ligne] http://www.desordre.net/bloc/pourquoi.html [consulté le 24 avril 2018].

35  Il n’est pas anodin que la photographe fasse partie des « invités » du site.

36  Guillaume Le Blanc, Les Maladies de l’homme normal, Paris, Passant ordinaire, 2004, p. 211.

37  Michael Sheringham, Traversées du quotidien. Des surréalistes aux postmodernes, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 2013, p. 30.

38  Michael Sheringham, Traversées du quotidien. Des surréalistes aux postmodernes, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 2013, p. 24 sq.

39  Georg Lukács, L’Âme et les Formes [1911], trad. Guy Haarscher, Paris, Gallimard, 1974, p. 247.

40  Gilles Clément, « L’esthétique du “tas de bois” ou traité succinct de l’art involontaire », in Gilbert Pons (dir.), Le Paysage. Sauvegarde et création, Seyssel, Champ Vallon, 1999, p. 121.

41  Claude Burgelin, Georges Perec, Paris, Seuil, 1988, p. 37.

42  Pierre Macherey, Petits Riens. Ornières et dérives du quotidien, Lormont, Le bord de l’eau, 2009, p. 19.

43   Voir Samuel Archibald, Le Texte et la technique. La lecture à l’heure des médias numériques, Montréal, Le Quartanier, 2009.

44  Pierre Macherey, Petits Riens. Ornières et dérives du quotidien, Lormont, Le bord de l’eau, 2009, p. 21.

45  Philippe De Jonckheere (s.d.), « Commencement à toutes fins utiles », Désordre. [En ligne] https://www.desordre.net/textes/bibliotheque/auteurs/beckett/beckett.pdf [consulté le 3 avril 2018]

46  Jean-Luc Nancy, L’Expérience de la liberté, Paris, Galilée, 1988, p. 16 sq.

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Title Fig. 1
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Title Fig. 4 et 5
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Title Fig. 6 et 7
Caption Captures d’écran du projet Les rigaudières – mai 2004.
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Title Fig. 8
Caption Capture d’écran tirée d’une des pages de Désordre.
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References

Electronic reference

Corentin Lahouste, « Dépeindre l’existentialité : l’esthétique anarchique de Désordre de Philippe De Jonckheere », Hybrid [Online], 05 | 2018, Online since 18 December 2018, connection on 13 November 2019. URL : http://www.hybrid.univ-paris8.fr/lodel/index.php?id=1092

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About the author

Corentin Lahouste

Corentin Lahouste est chercheur à l’Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve, Belgique), au sein du Centre de recherche sur l’imaginaire (CRI). Il prépare, sous la codirection de la professeure Myriam Watthee-Delmotte (UCL) et du professeur Bertrand Gervais (UQAM, Montréal), une thèse de doctorat consacrée aux figures, formes et postures de l’anarchie dans la littérature contemporaine en langue française. Sa recherche porte plus spécifiquement sur les œuvres de Marcel Moreau, de Yannick Haenel et de Philippe De Jonckheere. Commencée dans le contexte du pôle d’attraction interuniversitaire « Literature and Media Innovation », elle se poursuit actuellement dans le cadre d’un mandat d’aspirant du Fonds national de la recherche scientifique belge (FNRS). Corentin Lahouste a eu l’occasion de publier plusieurs résultats de ses travaux sous la forme d’articles parus dans des revues comme Les Lettres romanes, Studi Francesi, Fixxion, ou encore Mémoires du livre/Studies in Book Culture.

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