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Appel à contribution

Malaise dans la représentation. Appel à contribution pour le numéro 4 de la revue HYBRID (revue scientifique à comité de lecture international en arts et médiations humaines)
Traduction(s) :
Call for Submissions

Texte intégral

1Ce quatrième numéro de la revue en ligne HYBRID vise à interroger l’émergence d’une crise majeure et peut-être inédite dans le champ de la représentation, entendue à la fois comme mode d’appréhension du monde, comme modèle de figuration imagée et comme modalité de conceptualisation du rapport entre l’humain et son environnement. Faisant le pari de réhabiliter un terme aussi galvaudé que décrié, ce numéro considère la « représentation », dans ses sens multiples, y compris politiques, et se fixe pour objectif, en sollicitant des contributions issues de nombreux horizons disciplinaires, d’en cartographier les enjeux idéologiques et esthétiques, afin de mettre en évidence son impact politique, social, culturel et artistique pour notre époque.

Éléments de contexte

2Le temps est loin où le monde de l’art célébrait une abstraction radicale et non figurative, où adopter l’art conceptuel imposait de mépriser la mimesis, où Bernard Dort à l’inverse chantait dans La Représentation émancipée (1988) « une utopie heureuse : celle du théâtre comme lieu d’une coexistence idéale de diverses démarches artistiques, voire de diverses conceptions du monde ». L’époque est plutôt au dénigrement, voire à la mise en accusation de la représentation sous toutes ses formes, au point qu’il est permis d’évoquer une nouvelle séquence « iconoclaste » dans le devenir de nos sociétés contemporaines : multiplication des procès intentés aux œuvres de fiction au motif, tantôt de leur allusion à des événements, faits divers d’actualité ou personnes « ayant réellement existé » et parfaitement reconnaissables, tantôt de leur incidence sur les comportements mimétiques de « passage à l’acte » cherchant à faire advenir des épisodes narratifs imaginaires ; retour en force des pressions issues de la société civile aussi bien que du pouvoir politique et médiatique pour faire interdire, censurer, modifier ou amender des œuvres d’art (et pas seulement les caricatures politiques du prophète exemplifiées par le débat public) supposées faire injure à une croyance, à une population ou à une catégorie sociale ; conflits d’interprétation sur l’évocation de faits historiques et sur les modalités de leur présentation (Exhibit B de Brett Bailey)…

3Serions-nous entrés dès lors dans une époque que le sociologue Bruno Latour qualifie d’« Iconoclash » ? Souffririons-nous, au contraire, d’un déficit de « visibilité » et partant, d’un phénomène de « mal-représentation » ? L’appauvrissement du « grand récit national », conjugué à la relative éclipse de pratiques narratives telles que les « récits de vie » de la littérature et de la sociologie, conséquence de la crise de la représentation démocratique, motiverait alors, non pas une défiance à l’égard de la représentation, mais au contraire une entreprise de scénarisation nouvelle visant la constitution, par d’autres voies que celles de la délégation démocratique, d’un « parlement des invisibles » destiné à pallier l’insuffisance des formes habituelles de visibilité médiatique. Rudement remises au cause, les conditions de production et surtout de réception de la représentation configurent des lignes de partage qui ne recoupent que très partiellement les clivages politiques et idéologiques habituels : elles font de l’art, de la culture et de la création le champ de manœuvre d’affrontements inédits ou pour le moins renouvelés, fragilisant parfois le libre exercice du droit d’expression, d’opinion ou encore d’invention, limitant la marge de manœuvre de la création, remettant ainsi en cause la souveraineté de l’artiste ou de l’intellectuel au fondement de l’espace démocratique moderne comme du partage du sensible.

Éléments de problématisation

4Dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, la sophistication sans précédent des moyens technoscientifiques de représentation au contact d’une culture d’innovation (cinéma 3D, voire multisensoriel, réalité augmentée, avatars, etc.), mais également l’extension des nouvelles technologies d’information et de communication au sein d’une économie attentionnelle arrivée à saturation, ou encore la crise sans précédent du système de représentation démocratique traditionnels, tendent à fragiliser la construction commune du champ symbolique et à placer la représentation au cœur d’un malaise de civilisation, voire d’une véritable rupture anthropologique : de système de perception et de compréhension du monde qui nous entoure, générateur de tentatives de scénarisation, elle tend à devenir aujourd’hui un filtre opacifiant, parfois de façon incidente, parfois de façon délibérée, des systèmes d’identification, de classification ou de hiérarchisation, mais également des formes de reconnaissance, de légitimité ou d’identité.

5Partant de l’hypothèse selon laquelle la représentation, loin de se réduire à un simple rapport d’imitation du réel (mimesis), permet une projection fantasmatique, soit dans le passé, sous la forme d’une réactivation (reenactment), soit dans un possible devenir contenu en puissance (agency) dans le monde contemporain, souvent relayé par de puissantes mythologies individuelles ou collectives (storytelling), par le truchement de l’utopie ou de la fiction exploratoire, on est en mesure de poser un certain nombre de questions à notre époque.

6Les articles et propositions de création pourront aborder tous les champs des arts (arts de la performance, arts visuels, arts numériques, littérature, musique), de même que le vaste champ des sciences humaines et sociales, si possible dans une perspective transversale, autour des questions suivantes :

Fabrique de la représentation

7La représentation se caractérise-t-elle par une congruence, une redondance, une dissonance ou encore une dissemblance à l’égard des faits qu’elle évoque ou convoque ?

8Il s’agit d’interroger la production de la représentation, fonction de modalités de figuration identifiables, dans le temps et dans l’espace, voire plus largement de remettre en question, à travers la « fabrique des images » (Philippe Descola), les grandes taxinomies fondamentales étayant différentes visions du monde, ainsi que les systèmes axiologiques dont elles sont solidaires.

Esthétiques de la représentation

9Tous les domaines de l’art contemporain, au sens le plus large, peuvent être ici explorés, dans une perspective critique (mise en crise, mise en question de la représentation) ou au contraire dans l’optique d’une refondation de la représentation (nouvelles approches sensorielles, nouvelles techniques, nouveaux langages, nouvelles rhétoriques, nouvelles poétiques…).

Perspectives anthropologiques

10Quelles tensions, quels liens nouveaux viennent se tisser entre l’art, la représentation et le monde, au moment où dans un espace désormais globalisé et partagé par des systèmes de croyances divergeant sur le statut de la représentation, les images circulent, s’hybrident et se recomposent largement ?

Réceptions et réappropriations de la représentation

11L’ouverture du champ des possibilités de représentation engendré par le développement du numérique, mais également la multiplication des dispositifs immersifs, voire émersifs d’implication directe du spectateur, de l’auditeur, de l’observateur ou du lecteur posent avec une acuité nouvelle la question de la réception de dispositifs de représentation de plus en plus complexes, parfois qualifiés de « dispositifs pervers » dans la mesure où de tels procédés placent les spectateurs en position de participer à ce qu’ils sont censés dénoncer. Il s’agirait d’identifier les phénomènes de réception à travers un certain nombre d’effets de lecture ou de contexte susceptibles d’engager un affrontement symbolique, voire un conflit d’interprétation au sein du champ de la représentation, fragilisant les « communautés interprétatives » constituées (Stanley Fish).

Efficacité performative de la représentation

12Fort du constat de la dimension auto-réalisatrice des systèmes de créance, il s’agira de porter à nouvel examen la dimension performative de la représentation, autrement dit son incidence sur le monde sensible : effet thérapeutique de la représentation conçue comme exutoire, dans la lignée de la catharsis aristotélicienne, effet incitatif d’exhortation à l’action ; incidence de la représentation sur l’espace social et politique.

Politique de la représentation

13Représenter revient-il à réitérer un rapport redondant à la réalité susceptible notamment de participer au phénomène qu’elle prétend dénoncer ou remettre en question ? Représenter consiste-t-il au contraire à proposer du réel une forme de sublimation susceptible d’introduire un rapport dissonant, critique et distancié à ce même phénomène, source d’émancipation (empowerment) ? Exposer, voire « exhiber » les humiliés de l’Histoire revient-il à leur redonner pleine et entière légitimité au sein de l’ordre symbolique dont ils ont si longtemps été exclus ou au contraire à faire revivre et donc réactiver les conditions mêmes de leur subordination ? Se projeter dans une vision fantasmatique et fictive de la réalité permet-il de conjurer les spectres du passé ou les démons du temps, d’inventer d’autres mondes possibles, de reconfigurer le partage du sensible ou au contraire d’exacerber les tensions ?

14Chaque article proposé à HYBRID est soumis à une évaluation à double aveugle. Chaque article devra être présenté sous une forme strictement anonymisée.

15Les langues de rédaction sont le français ou l’anglais.

16L’auteur joindra une courte bio-bibliographie de 15 lignes max. dans un document séparé.

17La longueur de l’article ne devra pas dépasser 35 000 signes (espaces compris).

18Les articles devront être formatés en Word (.doc ou. docx). Les images seront présentées à la fois insérées dans le texte et en fichier séparé.

19Pour les propositions de recherche-création, nous ne pourrons à ce stade assurer l’hébergement et la maintenance de celles-ci. L’auteur soumettra donc sa création sous forme d’un « lien » Internet, à partir duquel sa création sera directement consultable ou téléchargeable. Il joindra une présentation de son projet (5 000 signes max.).

Calendrier de soumission

20Lancement de l’appel à contributions : 1er mars 2016.

21Réception des articles complets (35 000 max espaces compris) et des propositions de recherche-création : jusqu’au 15 juillet 2016 à l’adresse artsh2h@univ-paris8.fr.

22Mise en ligne en juin 2017.

23Numéro coordonné par Martial Poirson et Monique Jeudy-Ballini.

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Pour citer cet article

Référence électronique

« Appel à contribution  », Hybrid [En ligne], mis en ligne le 07 mars 2016, consulté le 25 septembre 2017. URL : http://www.hybrid.univ-paris8.fr/lodel/index.php?id=156

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